Voilà vingt-deux ans que j’ai été ordonné diacre dans notre église de Ste Marie de Belle-Beille. Mais six ans auparavant, on m’avait interpelé par une question : « et toi, as-tu pensé à être diacre ? ». Et c’est avec beaucoup de questionnement et plein d’hésitation, que j’allais me mettre en marche… Me mettre en marche ? Je ne le réalisais même pas trop. Moi, parler dans un micro ? Porter un jour une aube ? Parler en public ? Et puis, je ne sais pas chanter ! Alors pour tout ça, non ! Je ne me doutais pas que je partais alors pour six ans de cheminement. Je ne m’y voyais pas du tout mais déjà mon épouse, elle avait senti que ça pourrait coller à ma façon d’être. C’est bien connu, les femmes, elles ont toujours plus d’intuition que les hommes !
Six ans de cheminement, il y en a eu des hauts… mais il y a eu aussi des bas. Et pour finir, il a fallu que je me pose, que je m’enferme dans ma chambre pour faire le point. Oh, j’avais bien entendu parler de ces grands saints qui se retirent, parfois en larmes, à genoux pour invoquer le Seigneur. Et si je vous avouais que cela m’est arrivé, à moi aussi. J’ai prié, j’ai beaucoup prié, j’ai même écrit des prières. Oh, je n’en étais pas fier. Je ne l’ai même jamais trop raconté, mais maintenant, il y a prescription. Et cette épreuve, elle a été pour moi comme un passage. J’étais d’abord anxieux et sans doute un peu déprimé par le débordement de questions intérieures. Mais j’avais conscience que j’avais aussi à contribuer, à veiller à ce que le message de la Bonne Nouvelle du Christ ne s’éteigne pas.


Et puis après cette crise de conscience qui a été aussi une prise de conscience, voilà qu’il s’est passé quelque chose de bizarre, j’étais comme apaisé. Les interrogations qui se dressaient comme des piquants dans mon esprit, voilà qu’elles tapissaient maintenant le fond de mon âme…Qu’est-ce que ça fait du bien ! J’ai reconnu ensuite que c’était Lui, l’Esprit Saint, Lui qui avait discrètement œuvré. Et là, à ce moment-là, j’étais prêt à répondre OUI à l’appel. Je me sentais prêt dans le sens que j’avais compris qu’être diacre, c’était de l’ordre du ministère du seuil : un pied dans l’Eglise et un pied en dehors de l’Eglise. Et que je pouvais ainsi conserver mes engagements antérieurs, associatif et syndical.
J’avais compris que le mot diacre, ça veut dire service, ou serviteur ou même « serveur » et non pas pasteur, meneur, leader. Et cela correspond mieux à mon tempérament d’équipier plutôt que de président. Et puis l’équipe d’accompagnement dont le rôle était justement de m’accompagner, de m’éclairer, mais aussi Maryvonne et à leur mesure, nos enfants avec leur âge à l’époque, tous m’ont permis de confirmer mon OUI.
On était en 1999, nos paroisses venaient de fusionner, on mariait aussi l’une de nos filles et un mois après, dans l’église de Ste Marie de Belle-Beille, je recevais l’ordination au diaconat. Je revêtais le Seigneur, le Christ Serviteur… C’est St Paul qui emploie ce verbe dans une de ses épîtres : « Revêtez-vous du Seigneur ». J’étais ordonné diacre pour le service de l’Eglise : la Charité, la Liturgie et la Parole… La Parole ? J’ai encore celle de notre évêque en tête : 
« Recevez l’Evangile du Christ, que vous avez la mission d’annoncer. Soyez attentif à croire à la Parole que vous lirez, à enseigner ce que vous avez cru, à vivre ce que vous aurez enseigné. »
Je rends grâce encore aujourd’hui pour cette mission. Cette mission qui m’a occasionné bien des joies : au travail, en association, dans mon entourage, ici sur notre paroisse. Et puis, est venue une autre mission, diocésaine, que m’a confiée notre évêque : la Pastorale des Personnes Handicapées. Là encore, je ne me sentais pas trop capable mais j’ai bien entendu le message, moi qui essaie de m’arranger avec les limites de mon handicap... Ce message, le voilà : « Ce n’est pas à toi de te mettre au rythme de l’Eglise mais c’est à l’Eglise de se mettre au rythme de ton handicap. »
Et puis je ne vais pas vous cacher non plus que la mission, elle m’a occasionné quelques moments plus délicats, plus énergivores, parfois même de la fatigue. Mais ces inconvénients, ils restent minimes par rapport à la satisfaction, au bonheur, au plaisir, à la paix que les paroissiens m’apportent. Et chaque jour, en priant les Laudes et les Vêpres ou lorsque je suis à l’autel à verser la goutte d’eau dans le vin du calice pour signifier que nous sommes unis à la divinité de Jésus, lui qui a pris notre humanité ; eh bien les visages, les expressions, les soucis et aussi les joies des personnes qui me les confient, je les porte à l’autel et ça, ça n’a pas de prix. Se mettre en marche, veiller, se tenir prêt, se revêtir du Seigneur, Quelle aventure et quelle grâce m’a accordé-là, le Seigneur.
Jean-Louis Tiron.